mapNews, le 20 mai 2020

Europacorp

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Le septième art à l’arrêt

Pour son anniversaire inaugural, tout juste un an depuis le 9 mai 2019, le cinéma Europacorp La Joliette est tristement vide et muet, un anniversaire que nous aurions aimé fêter autrement.

Le vide ainsi créé par la situation que nous vivons actuellement nous a replongé dans ce que nous ressentions un an en arrière.
Nous espérons que tous les établissements culturels reprennent leur place le plus rapidement possible dans notre vie, nous en avons terriblement besoin.

Si ce complexe cinématographique urbain est considéré à ce jour comme le plus beau de France, c’est parce qu’il recèle beaucoup de particularités qui en font un bâtiment totalement unique.
Tout d’abord, sa situation devant un parc urbain faisant face lui-même au port de Marseille et à sa rade, lui confère une position tout à fait remarquable, au cœur d’Euroméditerrannée, le quartier du renouveau de Marseille.
Le projet, tout d’abord imaginé sans programme ni exploitant par l’architecte Massimiliano FUSKAS, a ensuite été peaufiné par un concept original du cabinet d’architecture MPA, qui en a dessiné les grandes lignes pour le compte de EUROPACORP, la société de Luc BESSON.

Ensuite, sa conception finale faite dans du BIM total, en collaboration très étroite entre l’entreprise GSE et le cabinet d’architecture map a permis de finaliser le projet, qui aurait pu être un « Bad trip » mais qui se concrétise aujourd’hui par une véritable « Happy end ».
Ce qui fait la particularité de ce complexe cinématographique, c’est son ouverture vers l’extérieur. Sujet éminemment complexe lorsqu’on réalise un bâtiment qui par définition n’a que des façades opaques.
Ce qui frappe c’est l’immense ouverture de ce cinéma sur la baie de Marseille avec, derrière la façade principale, un atrium géant où le flux de visiteurs dans les escaliers, escalators, estrades et balcons crée une image extrêmement animée de cette façade qui devient, de jour comme de nuit, un élément du spectacle architectural.
Cet effet est amplifié par l’animation de tout le volume, grâce à un système de rétroéclairage des façades qui s’animent tous les soirs, dans un jeu de lumières permettant de donner à ce bâtiment une existence joyeuse au sein d’un quartier qui, jusqu’à ce jour, ne vivait vraiment que pendant les périodes de travail.
Le cinéma EUROPACORP LA JOLIETTE possède un immense écran LED tourné vers la ville, face à une nouvelle artère de circulation piétonne animée par des commerces et des restaurants. Cet écran procure au cinéma la majesté́ et la sérénité́ d’un bâtiment totem, comme l’étaient jadis les grands théâtres puis les cinémas emblématiques.
Blanc la journée, comme l’immense majorité́ des bâtiments qui sont nés ces vingt dernières années sur EUROMEDITERRANÉE, et totalement illuminé dès la tombée de la nuit, le cinéma EUROPACORP LA JOLIETTE jouit à l’intérieur de nombreuses innovations. Ainsi le spectacle architectural rencontré depuis l’extérieur se transforme en une véritable expérience immersive et sensorielle dès que l’on entre dans chacune des salles.

La magie du bâtiment fonctionne ainsi parfaitement, de l’écrin blanc à l’écran noir !


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Visuels par Simon Saudubois


Quand on déroule le film
Un multiplexe cinématographique plus complexe que le cinéma…

Au début il y a une idée qui germe, puis avec un engagement inconditionnel d’entreprendre le site est choisi, le scénario retenu, les rôles distribués, chacun avec son storyboard …
Le temps est court, moins de deux ans, très court pour tout faire, une performance à la hauteur de l’objectif ambitieux accepté par tous.
La fourmilière s’installe autour de la base de vie, certains parmi nous se connaissent, d’autres se font découvrir, le frisson de l’aventure qui débute nous anime. Le sujet est parfaitement décrit, concerté et défini, pourtant la vision imaginaire de projection personnelle de chacun est certainement très différente et non superposable aux autres à ce moment-là.
Après de longues répétitions simulées devant nos ordinateurs, on fait le clap, les moteurs se mettent à tourner. Il faut que ça rentre dans la boite du premier coup, pas de prises multiples, pas de possibilité de trier les rushs, rien ne peut être coupé au montage. Le tout, en direct et simultanément sur plusieurs plateaux de tournage …

Les images marquent à chaque prise :
celle de la friche urbaine sans âme,
quand la superstructure se dresse pour s’affirmer et marquer sa forte présence mais n’offre pas de visage,
quand l’escalator arrive, unique dans son genre par sa longueur et ses deux points d’appui se logeant à sa place sans le moindre besoin d’être dompter,
du mur-rideau avec son rythme bien tramé qui circonscrit le volume « cathédrale » qui impressionne et fait face au grand large sans le défier,
du déploiement de la vêture perlée blanche qui forme l’écrin précieux,
les fauteuils formés en blocs font leur effet, telle une parade, en tenue feutrée rouge, en cuir luisant, habillés pied de poule ou cocons,
quand les voiles des écrans s’étirent et se figent…

Les lumières et les contrastes se suivent :
la lampe frontale des premiers jours,
de la nuit et la lueur matinale au soleil du sud au zénith,
les projecteurs des engins, des grues et des cabines de projection,
les flashs, de la grue perchée quelque peu solitaire, des arcs de soudure,
des scintillements des bulles effervescentes de la vêture, la flèche du grand écran lumineux, des appareils photo ou autres smartphones …

Sans le son le spectacle ne serait pas complet :
le craquement lointain du sol sous les chenilles d’un engin comme perdu dans la friche,
le grincement du sable et de la pierre sous la dent du godet,
les basses – les vibrations lourdes et rythmées des foreuses de pieux, une étape où la distinction entre jour et nuit se faisait facile,
le gémissement du mistral contre les voiles guère ébranlés par sa puissance,
et puis un vacarme en crescendo d’outils grands et petits, des instruments à vent ou de percussion une symphonie où on ne distingue plus le temps de pose.

Il y avait le feu …
Les sirènes hurlantes de chaque salle, à tour de rôle, pendent des jours entre le bruit strident des alarmes et la voix ferme mais douce des annonces invitant les spectateurs, bien évidemment manquants, de quitter la salle par le haut et dans le calme.
Le calme fut, un silence long, l’attente que la Commission de sécurité́… le clap tombe, place aux spectateurs et cinéphiles, un tout autre retour de l’image et le son plus que réalistes restitués par les technologies de pointe implantées.
Aujourd’hui en passant à coté à pieds, en voiture ou au large en bateau un pincement nostalgique se présente.
Quand on y va, en famille, avec des amis ou des inconnus on s’immerge dans ce confort, on savoure, nous sommes comme tous ceux qui nous entourent…
Ou presque…
avec le coin de l’œil, sur les visages illuminés par les faisceaux, nous tentons de détecter si nous avons réussi à leur faire oublier l’endroit où ils se trouvent.